- Prière
Il n’y a pas si longtemps, on disait des familles nombreuses qu’elles étaient issues soit de cathos, soit d’alcoolos. Nous étions dix frères et sœurs. Et si mon père aimait ouvrir après la messe dominicale un flacon de bourgogne, ma mère consommait, sans modération, des litres d’eau miraculeuse rapportés de lointains pèlerinages. Je dois avouer que leur descendance a gardé plus de penchant pour la dive bouteille que pour les saintes ablutions.
Il nous reste cependant, de l’héritage maternel, un certain fond de religion, comme ces sauces qui collent au fond des poêles. Ainsi évitons-nous de médire trop souvent des curés, et sommes-nous fort respectueux des inepties confessionnelles. C’est une continence que dicte sûrement la sourde culpabilité de nos âmes renégates.
D’une si pieuse enfance, subsiste un goût pour les églises vides où traînent des relents de cierge et d’encens. Comme un certain intérêt pour les cancans religieux. Aussi, il y a quelques semaines, ai-je repéré dans Le Monde un article fort désobligeant pour les croyants de tout poil. Des cardiologues américains ont voulu scientifiquement mesurer l’effet des prières collectives sur leurs bénéficiaires. Prière de ne pas rigoler.
Je vous passe les détails. Retenez cependant ceci : d’une étude, réalisée sur 1 802 personnes ayant subi, entre janvier 1998 et décembre 2000, un ou plusieurs pontages aorto-coronariens, et pour lesquels des congrégations religieuses catholiques et protestantes ont organisé des prières, il ressort que cette pratique fervente n’est pas seulement inefficace mais entraîne des effets nocifs. A quand le livre de messe avec mention obligatoire dissuasive, genre : prier augmente les risques cardio-vasculaires ?
Les toubibs expliquent ces effets calamiteux, chez les malades qu’on a mis au parfum des intercessions, par un stress supplémentaire. En effet, comment ne pas s’inquiéter de ce qu’un groupe de parfaits inconnus se mettent à genoux pour votre santé ? C’est si grave, docteur ? De quoi désespérer les plus optimistes.
« Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y, disait Prévert. » Sans partager cet impératif blasphématoire, méfions-nous cependant de ne pas trop le déranger. Même si certains le disent assez dur d’oreille. Mais beaucoup de prières restent sans danger à condition d’être assez sage pour les exaucer. Prière de ne pas fumer, de ne pas toucher la marchandise, de faire silence, de frapper avant d’entrer, prière de laisser cet endroit aussi propre que vous l’avez trouvé, de tenir les chiens en laisse, autant de commandements que le prière vernit de courtoisie. Car prier c’est ordonner en y mettant les formes.
« Déshabillez-vous ! » dit le médecin, à qui la science donne toute autorité. Alors que pour le demander, l’amour a de si tendres prières…
Un conseil. Si vous tenez à aider au prompt rétablissement d’amis endommagés, buvez plutôt à leur santé. Au moins ne risquent-ils pas de trinquer. Pour une aussi bonne action, qui donc irait se faire prier ? |