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CHRONIQUES

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- Bébés

L’actualité nous a servi son lot d’infanticides. Des égouts romains garnis d’os minuscules, un trou au fond du jardin, des sacs ficelés dans un congélateur. Et l’on sait que de grands pays assassinent leurs filles. On respire ; l’homme civilisé ne dévore encore pas sa progéniture.
« Lorsque l’enfant paraît, disait Victor Hugo, le cercle de famille applaudit à grands cris… » Mais lorsque c’est bébé, le fameux cercle est soudain frappé de gâtisme.  Il a des bredouillements de bouche sénile, des borborygmes d’idiot, des ravissements de vierge mystique, des coquetteries de vieille fille. Il radote, il bredouille, il jubile, il minaude. Il se ramollit, se renverse. Ses yeux s’engluent  de tendresse. Ses lèvres s’arrondissent en rots muets, d’où tombent des mots sirupeux. Ses phrases s’étirent en guimauves pastelles. Il a des grâces de menotte, des sourires de quenottes. Béa, niais, comme retombé dans une enfance oubliée, il baverait volontiers sur ses corsages, ses cravates, et si les convenances ne lui interdisaient, il lâcherait des chapelets de petits pets. C’est le syndrome du nouveau-né.
            Rien n’égale ces simagrées où le dernier des rabats-joie, le plus coincé des culs-serrés rivalisent soudain en affreuses grimaces, moues mollasses,  rictus tétanisés. Un vrai concours de pitreries. Quand toutes ces mines attendries, découvrant leurs dents, hérissant leurs poils et dilatant leurs trous de nez, se penchent sur le berceau pour tenter d’arracher un sourire au bébé, avec un acharnement de dentiste. Quel traumatisme !
Le commerce du hochet ne manque pas d’exploiter un si heureux évènement. D’ailleurs, avec 2 200 couches par an,  bébé consomme comme un grand. Il a des appétits de grosse cylindrée avec une consommation de 85 litres de lait durant les 4 premiers mois. Et le fourbis des produits de toilette, les tas de vêtements, le bazar du matériel sophistiqué servant au confort de la chambre et des transports. Sans oublier la panoplie des jeux. De quoi ouvrir une boutique.
La naissance a d’autres conséquences. Si la mère ne peut douter de sa maternité, ce n’est pas le cas du père. On voit nombre de procréateurs confier leurs doutes aux éprouvettes étrangères, les empreintes génétiques restant interdites en France hors des procédures judiciaires. Une chercheuse française, qui vient de démontrer que le nourrisson ressemble plus à sa mère qu’à son père, affirme que si les femmes prétendent le contraire c’est  pour rassurer le géniteur. Un reste inconscient, sans doute, de temps reculés où l’on ne s’embarrassait guère d’épousailles.
Au fait, savez-vous d’où vient bébé ? D’un squelette conservé dans les collections anatomiques du Muséum d’histoire naturelle…Marrant, non ? Ces os appartenaient au nain du roi Stanislas, roi déchu de Pologne, qui aimait son Bébé comme un caniche. Il était si petit qu’on  le couchait dans un sabot et qu’on le porta aux fonds baptismaux dans une assiette, comme une tranche de gigot. Il mourut à 22 ans, en 1764, alors qu’il ne mesurait que 33 pouces (75 cm). Il s’appelait Nicolas Ferry. Non, je vous assure, rien à voir avec Jules, qui lui, passait plutôt pour un grand homme…

Photos : Jean-Luc Petit / Site : HeerSpirit