- Etiquette
« Un bon Indien est un Indien mort » ne plaisantait pas le général Sheridan. La santé publique n’a pas ces marques d’attention pour la bouteille. Qu’elle soit encore pleine ou rendue au triste état de cadavre, elle lui reste calamiteuse dans tous ses états. Remplie, parce qu’elle promet de nuire, vide parce qu’elle a déjà signé son forfait. Et à la différence des guerres américaines, où l’armée tua tant d’indiens, les hauts fonctionnaires restent censés ne pas descendre de bouteilles.
Récemment, trois mères, estimant leurs rejetons victimes du syndrome d'alcoolisation foetale ont réclamé réparation à l'Etat, lui reprochant l'insuffisance d'information sur le risque encouru pendant la grossesse. D’après un rapport remis en novembre 2005 au gouvernement, 700 à 3.000 enfants, sur les 750.000 naissances annuelles, risquent d'être atteints d'un SAF grave, et d’en rester handicapés. Il est donc conseillé aux mères de préférer les arrosages post-natals aux libations intra-utérines.
On savait que l’abus d’alcool était dangereux pour la santé. Or, j’entends l’autre jour à la radio qu’on va bientôt étiqueter les flacons pour mettre en garde les femmes enceintes contre les dangers de la consommation d’alcool. Le fœtus n’aime guère à trinquer avant le baptême. Même les fonds de bouteille. Tous les curés vous diront qu’ils préfèrent les fonds baptismaux. Ainsi donc, l’Etat qui nous protège, puisque Dieu et tous ses saints ne font plus leur boulot, entend bientôt faire apposer sur les diverse bouteilles de boissons alcoolisées, bières, vins, spiritueux, soit la silhouette barrée d’une femme enceinte portant un verre à la bouche, soit la mention: « la consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.» A ce jour, les chocolats à l’alcool échappent à l’étiquetage. Et les babas au rhum. Vous trouvez ça normal ?
Notre Sainte Mère l’Eglise est loin de montrer l’exemple. Des millions de futures mamans, qui assistent aux messes dominicales, subissent la tentation du vin de messe, quand le célébrant vide son calice : « Buvez, ceci est mon sang. » Sang pour sang d’alcool en quelque sorte.
Donc, après les paquets de « fumer tue », on aura le beaujolais « conséquences graves pour l’enfant», la bière « syndrome fœtal ». On devrait généraliser ce genre d’étiquetage. A quand le « attention aux bulles » sur le champagne ? Le « ça rend crédule » aux porches des temples, églises et mosquées, le « ça rend con » sur les téléviseurs, le « faites gaffe » aux bureaux de vote ?
Et pendant qu’on y est, je propose d’étiqueter les femmes. Elles peuvent être dangereuses pour la santé mentale. Pour la famille et pour l’ordre public. Toutes les beautés qui se baladent devraient porter la mention : « abus déconseillé ».
Pour les hommes politiques, impossible à mettre en pratique. Ils changent trop souvent d’étiquettes. |