- Fesse ce qui te plaît
Les périodes caniculaires sont les saisons torrides de la fesse. Elle connaît alors des sollicitations qu’ignorent les rigueurs de l’hiver. On n’ira pas chercher midinette à 14 heures ; l’explication de ce renouveau salutaire tombe bien sûr sous les sens.
Au cours de l’année laborieuse, la fesse est restée derrière à suivre le mouvement. Tout juste si ses propriétaires, pressés, stressés, moroses, hargneux, ont daigné se retourner sur ses exquises rondeurs. Ils se contentaient les soirs, exténués d’avoir tant couru, de se laisser choir dans un fauteuil, et d’écraser sans égards ses masses élastiques. Sans un regard pour l’assise congénitale, toujours serviable et toujours fidèle. Sans même les chaudes caresses dont on gratifie les chiens et les chats. Et les postérieurs, que leur disposition anatomique frustre à jamais de télé, dont on sait la grande sensibilité, devaient encore se morfondre, oubliés au fond des canapés. Le travail, vous dis-je, est la vacance de la fesse.
Juillet, août bouleversent soudain ces pratiques discriminatoires et despotiques. La fesse prend sa revanche. Voyageuse, aventureuse, amoureuse, dénudée, débridée, caramélisée, on la croise loin dans les terres, aux bords des mers, le verbe frondeur, l’humeur frivole, la pose incendiaire. Que de langueurs, de frémissements, d’ardeurs, de clins d’œil, de déhanchés, de roulements, de dandinements, de tangages ! On ne voit plus qu’elle. La fesse, enfin libérée, hisse sur les plages le fanion rouge des petites culottes. Car, bien évidemment, c’est des fesses des femmes dont je vous entretiens.
Dés les premiers soleils, dans les kiosques, les magazines se couvrent d’images suggestives et de titres prémonitoires. Les seins nus bourgeonnent, pointent sous les voilages, se mutinent, se faufilent, débordent des corsages. Les jupes raccourcissent sur des jambes qui semblent vouloir grandir indéfiniment. La fesse se lève, et s’ébranle.
Elle s’exprime en gros caractères : « Spécial fesses, plus rondes, plus fermes, plus sexy », « Dossier spécial érotisme », « L’amour comme vous ne l’avez jamais fait », « Comment optimiser la drague », « Toutes désirables », « Laissez parler votre libido », « Les hommes adorent ça »…De grands classiques qui font vendre un peu d’écrits assortis de beaucoup d’illustrations didactiques. Et quand le moral est à la hausse, la fesse est à la baise.
Les foyers consomment dans la moiteur des bungalows, sous le dais des étoiles, sautent jusqu’aux repas, font trembler les mats hâtivement plantés des tentes, tinter les verres des caravanes, frémir les rideaux des hôtels. Toute la semaine, c’est la fièvre du ça m’dit ce soir.
Ah, ces désirs brûlants, ces fesses allumeuses et ces culs incendiaires ! Les feux de l’été ravagent les massifs coquins. Le sable est si fin aux dunes libertines.
Moralité : en vacances, mesdames, pour écarter l’ennui, ne serrez pas des fesses. |