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- CarosseIl n’y a guère eu que les rois fainéants pour se faire charrier, vautrés dans leur litière, par des bœufs indolents. La souveraine autorité se servit du cheval comme d’un piédestal. Et celui qui roulait carrosse montrait qu’il était riche.
Le roi Henri s’en allait voir Sully, l’entretenir de la guerre. La lourde voiture carrée, passant le porche du Louvre, s’engage bientôt dans la rue étroite et encombrée qu’empuantissaient les charniers du cimetière des Saints-Innocents. L’archevêque de Reims revenait de Saint-Germain. Six chevaux tiraient à grand train son carrosse quand, traversant Nanterre, un quidam et son canasson se mettent en travers et, voulant se ranger, n’en trouvent pas plus le temps que l’équipage à songer même à s’arrêter. Il ne me reste qu’assez de place pour faire défiler, après ces deux carrosses, le coupé, le landau, le cab, le phaéton, la tapissière, le char à bancs, la victoria, le tilbury, le fiacre, voiturant passagers de qualité et compagnies joyeuses.
- CoupleBuffon, qui oubliait la girafe, disait du cheval qu’en élevant sa tête, il semblait se mettre au-dessus de son état de quadrupède. Et l’homme, montant sur le cheval, ne paraît-il pas se hisser là où sa nature ne le destinait pas, y voir le monde d’un autre regard, y prendre une autre allure ? Son dressage, plus qu’une technique, est un art. S’il lui fallait un dieu fondateur, qui ne penserait à Athéna offrant au héros, pour dompter Pégase, un mors en or ?
- CrinOn raconte dans la famille que mon trisaïeul, dont on conserve pieusement un papier militaire, se tira hardiment d’un fort mauvais pas. Vers les années 1840, quand le père Bugeaud conquit l’Algérie, sa compagnie, tombée dans une embuscade, ne s’en releva pas. Tous furent dûment exterminés, for l’ancêtre et son capitaine. L’officier tournant bride sur une soudaine échappée, lui se voyant perdu, il saisit la queue du cheval, se tenant pour dit que s’il venait à la lâcher, il était mort. C’était un fort et grand gaillard, de la race des vieux paysans. Jamais il n’allongea de telles enjambées, sautant, volant, rebondissant. Mais il tint bon jusqu’à ce que l’autre le fît monter en croupe. Le crin est donc ce poil long et rude qui vient au col et cul des équidés, de quelques autres quadrupèdes. Le lion, qui n’est pas le moindre, partage avec le cheval le port de la crinière. Et le cimier étincelant du cuirassier. Il n’est cependant que le cheval à traîner un aussi noble panache, quand le roi des animaux, comme la vache, balance un chiche toupet au bout d’un maigre appendice. Si les soies du cochon servirent aux aspergements d’eau bénite, que les savons à barbe goûtèrent à ceux du sanglier, les crins n’envièrent jamais ces piteux destins. Artisans, ils obligèrent les bourreliers, tapissiers, matelassiers, carrossiers. Artistes, en mèches délicates, ils coiffèrent les pinceaux. Mieux, l’archet en témoigne, ils jouent de la musique. Le dessous féminin couronne cette plaisante réputation. Le crin est un poil galant. Plus d’une belle vous aurait dit, au temps des crinolines, qu’il court les jupons. De l’étalon, c’est le Leporello. La crinière, flottant au vent, comme une charpie d’étendard. La queue ondoyante. Cascade de crins. Flamme ardente.
- CrottinQuand j’étais petit enfant, ma mère, me faisant sauter sur ses genoux, chantait cette comptine : Le monde est plein d’emmerdements. Si tant de besoins participent à cet état, qu’il n’est pas de chant d’oiseau que ponctue une fiente, une chiure où ne finisse un bourdonnement, qui penserait inscrire le crottin au bas de l’inventaire calamiteux ? Ne rebutant point le regard, n’offensant point le nez, il dresse, au milieu des sentiers, ses pièces montées. Et tout bon jardinier, au temps où passaient par les rues attelages, fiacres, omnibus et charrois, mettait dans son panier, comme on fait des fruits tombés, cette manne des croupes. Le tracteur, pétaradant, a les gaz puants et stériles. Le chien a la crotte coupable, le vent sournois. Mais le cheval ne sait rien faire sans élégance. Il a le pet franc, sonore et courtois. Il vous fait sans manière comme une politesse. Il pète noblement avec un naturel qui ajoute à sa grâce. Le bruit mat du crottin qui choit, érigeant ses éboulements. Où vont glaner les poules. Où le moineau, comme au tas de fumier joue les petits coqs.
- CroupeLa croupe désigne l’espèce de coupole qui surmonte le chevet d’une église. Un homme avisé ne saurait pourtant en rester à la définition du derrière d’un bâtiment cultuel. C’est un peu comme s’il retenait du sein le sens que lui donne la marine : partie de la voile gonflée par le vent. Le sein s’accommode d’autres voiles, la croupe s’aventure à d’autres chevets. Et le cheval, mieux que vénus callipyge, lui donne la prestance et la noblesse que lui envient bien des blasons. La croupe, généreuse, voluptueuse, épanouie. Eros ne pouvait manquer d’adopter ce volume épatant. Ainsi, la femme emprunte à l’équidé, non pas son incomparable attribut, mais l’honneur de le titrer d’un vocable rebondissant. Ainsi l’amour, dans ses transports qui sont autant d’emballements, va, chevauchant. |
Photos : Jean-Luc Petit / Site : HeerSpirit |